De mes mues successives, mon enfant, je t’ai fait un manteau. Tout ce que j’ai porté avant toi ma fille,

tout ce qui a couvert mon corps à ton âge et au-delà, tout ce que j’ai frotté contre ma peau,

jusqu’à user les fibres, jusqu’à attendrir les brins, jusqu’à filer les mailles, jusqu’à briser mes liens.

Voici mon placenta de laine et de soie, ma toile et mon cocon, mes anciennes peaux, mes écrins,

mon ventre rose, ma chair à vif, mes vieux pulls cousus les uns aux autres, mon œuvre douce et chaude !

Tout cela est pour toi, mon enfant, tout cela est à toi désormais, et je m’efface,

pour que tu marches à ton tour sur les champs de batailles de l’amour, pour que tu t’armes de rouge,

pour que mes peines et mes joies te soient une conque de fils.

Je t’encoquille de roses et je te regarde avancer sur cette terre que j’ai labourée pour toi,

sur cette terre où je te laisserai germer et vivre tout ton saoul, petite Vénus.

C’est bientôt ton printemps. 

 

Carole Martinez, décembre 2014